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Présentation de l'Association
Fondée en 1902 (dès la promulgation de la loi bien connue), l'APLV, qui compte plusieurs mil-liers d'adhérents, est depuis cette époque la seule association regroupant les enseignants de toutes langues et de tous niveaux (depuis la maternelle jusqu'à l'Université et les Grandes Éco-les). Elle fonctionne en outre en tant qu'unique Fédération professionnelle, regroupant en tant que personnes morales la plupart des associations spécialisées de son domaine (par langue ou niveau). Ses responsables sont entièrement bénévoles, ce qui lui permet d'être indépendante aussi bien vis-à-vis du Ministère de l'Éducation que des corps d'Inspection, même si elle est régulièrement consultée dans son milieu et dans les médias en tant qu'association représenta-tive. Elle édite depuis 1903 une revue trimestrielle, Les Langues modernes, qui est une référence internationale dans le domaine de la réflexion sur l'enseignement des langues. Présentation de l'évolution actuelle de l'enseignement des langues Le pourcentage des élèves apprenant obligatoirement deux langues vivantes (LV) est en cons-tante augmentation depuis deux décennies, et sur ce point la France peut apparaître comme un modèle en Europe. La réalité est tout autre : a) Cette progression est très inégale. Si la quasi totalité des élèves apprennent désormais une première langue vivante (LV1) de la 6e au baccalauréat, toutes filières confondues, moins de 10% des élèves de second cycle professionnel étudient une LV2. Quant à l'apprentissage de la LV3, il est globalement en régression : la multiplication des options a provoqué en effet depuis 10 ans une forte diminution du pourcentage d'élèves apprenant une LV3 en seconde générale et technologique(de 17% en 1989 à 10% en 1997). b) La progression du nombre d'élèves s'accompagne d'une régression de la " diversification " (c'est-à-dire du nombre de langues proposées dans les établissements et de la répartition des élèves entre ces langues). Le décalage est impressionnant de ce point de vue entre le nombre des langues officiellement enseignées en France - une quinzaine -, et l'offre réelle sur le terrain : 65% des collèges ne proposent que trois langues (l'allemand, l'anglais et l'espagnol), 20% l'italien, les autres langues n'étant proposées que dans un nombre très restreint d'établissements (2%). La demande elle-même tend à renforcer ce phénomène, l'exemple le plus significatif étant l'allemand qui recule régulièrement face à l'anglais en LV1 (13% en 80, 10% en 97) et s'effondre face à l'espagnol en LV2 : alors que ces deux langues étaient à égalité à 35% en 1971, elles sont passées respectivement en 1997 à 18% et 63%. L'excellente tenue de l'italien en LV3 (qui dépasse l'espagnol depuis 1994 avec 41% des élèves) et sa résistance au dessus de la barre des 5% en LV2 ne modifie pas la tendance lourde : après le (presque) " tout anglais LV1 " - 90% des élèves en 1998 -, on s'oriente vers le (presque) " tout espagnol LV2 ". Les effets de seuil de fermetures de classes (fixés à 10 voire 15 élèves) commencent à jouer à plein régime, et les années à venir vont donc être décisives pour leur survie dans l'enseignement scolaire. Présentation du contexte institutionnel actuel Depuis l'année dernière (B.O. n° 25 du 24 juin 1999), la politique des langues dans notre pays se décide principalement au niveau des rectorats, où sont mis en place des " Groupes de pilotage académique ". C'est donc à ce niveau que doivent désormais agir les élus locaux soucieux tant du maintien et du développement de la diversité des langues enseignées dans notre pays, que de la mise en oeuvre de politiques régionales des langues adaptées aux situations, enjeux et projets spécifiques aux différentes Régions. C'est la raison pour laquelle nous vous présentons ci-après quelques éléments de réflexion sur ce problème important aussi bien pour l'avenir de notre pays que pour son image à l'étranger. D'où la revendication de notre Association, que nous développerons dans la suite de ce document : dans l'enseignement scolaire français 1. Une situation actuelle paradoxale - Le récent débat sur l'enseignement des langues régionales ont montré à quel point les Français étaient sensi-bles au problème de leur " identité linguistique ", et de celle de leur région et de leur pays, mais en même temps le chemin qui restait à parcourir pour que cette identité soit pensée de manière globale, à l'échelle internationale : ce débat sur l'enseignement des langues régionales n'a pratiquement jamais été, dans les médias, mis en relation avec le problème de l'enseignement des langues étrangères. - Les Français, en tant que citoyens, ont pris collectivement la mesure de l'affaiblissement de notre langue à l'étranger, se montrant désormais très conscients de l'importance des langues étrangères dans la compétition internationale. Mais ils appliquent pourtant individuellement, en tant que parents d'élèves, une stratégie " de sécurité " qui est en train de provoquer à brève échéance la généralisation de l'anglais comme seule LV1, et de l'espagnol comme seule LV2. - Les Français ont d'ores et déjà collectivement assigné à l'anglais le statut de langue obligatoire (97% des élèves l'étudiant en 1e ou 2e LV), mais ils tendent à appliquer la même logique à l'espagnol en LV2 alors qu'en milieu professionnel la logique qui s'impose pour cette LV2 est celle de la diversification (parler la langue maternelle du pays avec lequel on traite). - Alors que les gouvernements successifs ont tenu, dans les instances européennes, un discours très volonta-riste en faveur de la diversité linguistique, leur politique intérieure a été constamment celle d'un " laisser-faire " face à une dégradation aussi régulière qu'évidente de cette diversité, provoquée par la stratégie présentée au paragraphe précédent. La même contradiction se retrouve dans les autres pays étrangers, où la France est de moins en moins crédible lorsqu'elle présente sa langue comme la première à défendre parce que la première mena-cée face à l'hégémonie de l'anglais. - La contradiction institutionnelle ci-dessus est sans doute à l'image de celle qui existe dans l'attitude des Fran-çais eux-mêmes. Ils peuvent ainsi justement critiquer les limites imposées à l'usage du français en Algérie ou en Tunisie comme un appauvrissement culturel dicté par de seules motivations idéologiques, alors même qu'avec la réduction de l'enseignement de l'arabe et du portugais, c'est toute la richesse culturelle léguée par l'immigration qui est en train de disparaître dans leur propre pays. 2. Les obstacles structurels au maintien et au développement de la diversité linguistique dans l'enseignement scolaire français - Les langues sont, dans les établissements scolaires, de redoutables " empêcheuses d'administrer en rond " parce qu'elles sont la seule matière exigeant des sous-groupes (pour chacune des langues). D'où la tendance de beaucoup de chefs d'établissements à limiter leur nombre pour en simplifier la gestion. - La multiplication des options - par ailleurs compréhensible - a eu des effets très négatifs sur la LV3, choisie par 18% des élèves il y a une dizaine d'années, et par seulement 10% aujourd'hui. Or, la LV3 constitue le dernier es-pace de survie pour les langues peu enseignées comme l'italien, le russe, le chinois et le japonais. - La limitation de l'offre des langues dans les établissements scolaires poussent les parents d'élèves qui envisa-gent avoir à changer de lieu de résidence (et ils sont de plus en plus nombreux) à choisir l'anglais LV1 et l'espagnol LV2 parce qu'ils sont sûrs de trouver ces langues enseignées partout à ce niveau. - L'enseignement " précoce " des langues (au primaire) provoque des effets mécaniques de réduction de la diver-sité linguistique : les effectifs de ces établissements étant plus réduits que ceux des collègues, il y est en effet plus difficile de réunir suffisamment de demandes pour ouvrir une classe d'une langue autre que l'anglais. 3. Comment maintenir et développer la diversité linguistique ? Un certain nombre d'actions nous apparaissent comme prioritaires : - Mettre fermement les autorités politiques et administratives de l'État français face à leurs responsabilités, en leur demandant tout particulièrement de mettre leurs actes en adéquation avec leurs déclarations publiques. Cette exigence, comme nous le disions plus haut, passera de plus en plus par une vigilance constante aux décisions prises sur le terrain (conseils d'administration des établissements, politiques communales, départementales et régionales). - Demander à ces mêmes autorités non qu'elles définissent une politique nationale des langues sur la base de commissions d'experts nationaux, mais qu'elles suscitent, pilotent et évaluent des expérimentations locales qui seront forcément diversifiées. - Impulser un maximum d'expérimentations locales, tout en leur assurant une diffusion nationale (l'APLV est prête à y participer). - Mobiliser les élus et les responsables des pays étrangers, et en particulier européens, parce que le phénomène de " mondialisation " ne touche pas seulement les économies nationales, mais aussi les cultures, et qu'en tant que vecteurs privilégiés de ces cultures, les langues sont redevenues une véritable " matière stratégique ". On pourra préférer à cette métaphore quelque peu guerrière (que certains responsables français de l'enseignement des lan-gues ont déjà utilisé - et on comprendra pourquoi - dans les années 1870-1910), la métaphore écologique de la " bio-diversité linguistique ", seule à même de permettre à la France de se préparer aux modifications imprévisibles de son environnement international. - Préparer la tenue d' "États généraux" de l'enseignement des langues dans notre pays, pour lesquels l'APLV est prête à apporter sa contribution. |